L’univers narratif

Quelques petits conseils qui sont susceptibles de vous aider… basés sur mes connaissances générales, mon expérience personnelle et mon interprétation de l’écriture. L’écriture de textes littéraires étant une expérience très personnelle, vous devez savoir que chaque auteur a son propre style et sa manière de faire les choses. Ces conseils viennent de moi, et sont ma manière de travailler. Ils sont à prendre ou à laisser selon votre désir. J’espère seulement qu’ils vous seront utiles.  😉

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Lorsqu’on écrit un texte littéraire, notre but est de captiver le lecteur, de lui donner le goût de poursuivre le texte et de lui faire vivre une aventure par sa lecture. On veut transmettre des émotions au lecteur et on veut que celui-ci entre dans l’histoire. Ce phénomène peut être facilement créé si on utilise les bons mots, mais aussi si on utilise beaucoup de descriptions. C’est ce qui fait la magie des romans et des histoires; on peut se projeter dedans et faire un film dans notre tête; plus il y a de description, plus il est facile de visualiser. La description est un outil simple, mais essentiel à la création d’un univers narratif intéressant. Elle vous sera surtout utile en conte et en nouvelle, mais moins en poésie et en chanson.

1. La description de l’univers narratif par les cinq sens

Mais la description, qu’est-ce que c’est? La description c’est l’utilisation des cinq sens dans un texte, l’exploitation des termes qualificatifs, appréciatifs, etc. Ici je ne parle pas de mettre de la couleur ou du parfum sur votre travail de français. Je vous parle de décrire l’univers dans lequel vos personnages progressent. Voici deux exemples de la même scène. La première n’a aucune description; elle se limite aux actions. La seconde en a beaucoup; les actions sont décrites par le milieu dans lequel le personnage fait ses actions.

    • Exemple 1.1 : Le vieil homme tira vers lui la porte du dépanneur et rentra.
    • Exemple 1.2 : Le froid glaça le bout de ses doigts lorsque l’homme posa ses mains nues sur la poignée de porte du dépanneur du coin. Il tira avec force tout en posant sa main dans le bas de son dos usé par le temps. Son sourire tira les rides de son visage quand il entra et sentit la chaleur rencontrer le bout de son nez rosé. La porte se referma derrière lui tout en laissant retentir le doux tintement familier de la sonnette.

Analysons un peu cet extrait en parlant des cinq sens. Si vous avez un blanc rappelez-vous qu’il s’agit de l’ouïe, le goût, le toucher, la vue et l’odorat. Dans l’exemple 1.2, la plupart s’y retrouvent :

    • Exemple 1.2 : Le froid glaça le bout de ses doigts lorsque l’homme posa ses mains nues sur la poignée de porte du dépanneur du coin. Il tira avec force tout en posant sa main dans le bas de son dos usé par le temps. Son sourire tira les rides de son visage quand il entra et sentit la chaleur rencontrer le bout de son nez rosé. La porte se referma derrière lui tout en laissant retentir le doux tintement familier de la sonnette.

Commençons par l’ouïe : « […] laissant retentir le doux tintement familier de la sonnette. »

Il s’agit de décrire les bruits ambiants qui colorent l’univers dans lequel l’histoire se déroule. Ainsi, le lecteur se sent plus absorbé dans le texte puisqu’il peut imaginer l’ambiance qui règne autour des personnages et même s’y retrouver. Comme pour n’importe lequel des sens, les mots en disent beaucoup sur l’ambiance. Il est primordial de choisir des termes qui ont la sémantique voulue. Dans l’extrait, mon intention était de créer un environnement invitant et agréable pour mon personnage. « Tintement », « Doux » et « Familier » transmettent parfaitement le message désiré. Si j’avais voulu provoquer l’effet inverse chez le lecteur, j’aurais pu dire : « laissant résonner le timbre strident et impersonnel de la clochette » (dans ce genre d’exercice le dictionnaire des antonymes est très utile).

Le toucher : « Le froid glaça le bout de ses doigts […] Il tira avec force tout en posant sa main dans le bas de son dos usé par le temps […] senti la chaleur rencontrée le bout de son nez […] ».

Le toucher est un grand atout pour l’auteur qui chercher à mettre le lecteur dans la peau du personnage. Évoquer des sensations connues par le lecteur permet de le rejoindre et de rendre les personnages fictifs et imaginaires plus vivants et concrets à ses yeux. L’expression du touché est fabuleuse puisqu’elle est très variée et c’est ce qu’on cherche dans un texte; on veut éviter la répétition. On peut parler de la température, de l’humidité, de la texture, etc. Tout est descriptible : les objets, les personnages, l’environnement, même l’air! Tout ce qui peut potentiellement être en contacte avec la peau de nos personnages peut être décrit. On peut aussi jouer avec les mots pour donner de l’information de façon implicite. Par exemple, dans l’extrait, au lieu de dire « il a mal au dos parce qu’il est vieux » j’ai dit « Il tira avec force tout en posant sa main dans le bas de son dos usé par le temps ». Il n’est pas nécessaire de préciser au mot près la situation. En sous-entendant que son dos est usé par le temps, on comprend que l’homme est vieux et que ses os le font souffrir. Le lecteur fait lui-même le lien dans sa tête et comprend la sensation du personnage.

La vue : « […] ses mains nues […] la poignée de porte du dépanneur du coin. […] Son sourire tira les rides de son visage […] nez rosé. La porte se referma derrière lui […] »

La vue touche tous les aspects visuels du texte, toutes les images que le lecteur peut s’imaginer. Si le lecteur ne peut imager l’univers dans lequel les personnages progressent, il décrochera rapidement. Il faut qu’il fasse un film dans sa tête et qu’il comprenne les événements  Comme le touché, la vue se rapporte à différents éléments : la couleur, la texture, la luminosité, l’environnement, etc. Dans l’extrait utilisé, la description est plus simpliste… Mais elle permet d’imaginer la coordination des mouvements et des déplacements contrairement au premier exemple où on disait simplement que l’homme entrait dans le dépanneur. Dans le texte littéraire, il faut absolument décrire à quoi ressemblent les personnages, l’environnement, etc.

Déjà avec trois sens sur cinq, la différence entre les deux extraits, qui disent pourtant la même chose, est frappante. Voici un autre exemple :

    • Exemple 2.1 : Elle quitta le refuge et se dirigea vers le feu de camp.
    • Exemple 2.2 : Les vieux gonds rouillés de la porte de la cabane grincèrent derrière elle. Elle prit une grande inspiration. L’air était métissé d’odeur de pins et de bois vieillis qu’elle sentit jusque sur ses papilles gustatives. La nuit, tout juste tombée, déposait un voile de fraîcheur et d’humidité qui épousait sa peau. Elle avança vers le feu de camp avec assurance. Elle savait que chacun de ses pas la rapprochait du lieu de rassemblement puisqu’elle sentait le goût âcre de la fumée dans sa bouche et l’air chaud s’épaissir dans ses narines.

L’odorat : « […] Elle prit une grande inspiration. L’air était métissé d’odeur de pins et de bois vieillis […] l’air chaud s’épaissir dans ses narines. »

L’odorat et le goût sont deux sens intimement liés, mais aussi très intéressants à développer ensemble. Comme le touché, ces sens font référence à des sensations connues par le lecteur. N’avez-vous jamais senti un frisson en lisant un livre? Ne vous êtes-vous jamais senti, pendant un instant, dans la peau du personnage, comme si vous ressentiez ce qu’il ressentait? Si oui, c’est que l’univers narratif de votre livre était très bien développé, mais surtout, enveloppant. L’auteur a dû décrire des sensations qui ont évoqué chez vous des réactions du corps. En décrivant l’odorat, on veut que le lecteur ait soudainement l’impression que les odeurs émanent de son livre. Étant un sens très fort et enveloppant, si le lecteur le sent, il sera automatiquement absorbé par l’histoire.

Le goût : « […] qu’elle sentit jusque sur ses papilles gustatives. […] puisqu’elle sentait le goût âcre de la fumée dans sa bouche […] »

Le goût est la continuité de l’odorat, ou vice versa. Il est très évocateur si on l’utilise de manière pertinente. Comme l’odorat, il est moins souvent utilisé, mais peut ajouter une touche très personnelle à votre univers narratif. Contrairement à la vue, le goût et l’odorat ne sont pas là pour aider le lecteur à se créer un film, mais bien à ressentir les perceptions du ou des personnages. Ils créent un lien d’intimité avec le lecteur et rendent vos personnages d’autant plus humains. Comme pour l’odorat, lorsqu’on décrit le goût, on veut aller chercher des références connues du lecteur pour qu’il sente soudainement un arrière-goût sur sa langue. Le lecteur qui fait des références entre lui et les personnages est toujours plus susceptible d’apprécier l’histoire et de s’attacher aux protagonistes.

 2. Véhiculer de l’information par la description

Il n’est pas toujours nécessaire de dire mot pour mot ce qu’on veut exprimer. Comme expliqué dans les exemples utilisés ci-haut et dans la section sur les Synonymes et les Antonymes, les mots qu’on choisit peuvent véhiculer beaucoup d’informations. Pour la théorie suivante, les connaissances sur les Synonymes et Antonymes vous seront très utiles, voire nécessaires.

    • Exemple 3.1 : Cette mère est cernée parce qu’elle est fatiguée parce que la journée a été dure.

Wow. Cette déclaration est directe, mais très peu esthétique, littérairement parlant. Voici une option plus intéressante qui véhicule les mêmes informations :

    • Exemple 3.2 : Cette mère essuie son visage aux traits allongés après une journée éreintante.

Observez-vous la différence? « Visage aux traits allongés » sous-entend que la femme est fatiguée sans le dire en mot propre. Le fait qu’on précise que la journée a été « éreintante » vient aussi soutenir ce qu’on exprime ici sans dire pour autant « la journée a été dure ». De plus, on a varié le champ lexical en évitant d’utiliser le verbe « être » (à trois reprises en plus).

Voyons un autre exemple. Si je veux dire ceci :

    • Exemple 4.1 : L’enfant est jeune et vigoureux. Il joue dehors parce qu’il fait beau.

Je peux facilement intégrer ses informations en description.

    • Exemple 4.2 : L’enfant dans la force de l’âge profite de cette ravissante journée pour s’amuser à l’extérieur.

J’ai utilisé le dictionnaire des synonymes pour trouver un synonyme de jeune : dans la force de l’âge. Cet adjectif est parfait dans ce cas-ci puisqu’il précise deux informations à la fois : qu’il est jeune et qu’il est vigoureux (on évite une fois de plus le verbe « être », c’est un plus!). Ensuite, j’ai utilisé l’expression « cette ravissante journée » pour sous-entendre le fait qu’il fait beau (on évite le verbe « avoir »). Puis j’ai remplacé le verbe « jouer », qui est un verbe trop courant à mon goût par « s’amuser ». Finalement pour préciser que l’enfant joue dehors, j’ai ajouté un complément de lieu : à l’extérieur.

Ce genre d’exercice est plus que pertinent et s’apprend avec le temps. Lors de votre processus d’écriture comme votre processus de révision, vous devez porter attention à ce genre de détails. On veut faire un texte littéraire, pas un texte explicatif. Par contre, il faut comprendre qu’on ne peut pas intégrer tout et n’importe quoi dans notre description. Cependant, plus on en véhicule de cette façon, plus c’est intéressant pour le lecteur. Cela développe l’univers narratif et le champ lexical et rend le contenu/les informations plus intéressant/intéressantes par leur forme.

La description peut aussi véhiculer des informations plus abstraites. Par exemple, les perceptions du personnage ou de l’auteur. Si vous utilisez des termes péjoratifs, le lecteur en déduira que ce qui est décrit est mauvais ou désagréable. Si, au contraire, vous utilisez des termes mélioratifs, le lecteur en déduira que c’est positif.

    • Exemple 5.1 : Elle entendit la musique.

Cet extrait n’exprime aucune perception, aucune description. Mais comment exprimer la perception du sujet sans le dire en mot propre? Voyons voir si notre sujet aime ou n’aime pas ladite musique :

    • Exemple 5.2 : Le son velouté et ténu de cet air vint bercer ses tympans dans une suave vague mélodique…
    • Exemple 5.3 : Le sifflement qui pénétra son oreille la fit frémir. Les sons aigus et perçants agressaient son tympan avec pression et animosité.

Pour créer l’exemple 5.2, j’ai seulement cherché des synonymes de « doux ». Les termes « velouté », « ténu », « bercer », « suave » et « mélodique » sont tous appréciatifs et exprime une positivité flagrante. On exprime le calme et la sérénité du personnage lorsqu’il réagit à la musique par l’utilisation qu’on fait des bons termes.

Pour l’exemple 5.3, j’ai cherché des synonymes de « strident ». Là encore, on comprend que le personnage n’a pas une réaction positive à l’audition de la musique. C’est le même principe qu’à l’exemple précédant, mais on veut le résultat opposé. Les termes « sifflement », « frémir », « aigus », « perçants », « agresser », « pression » et « animosité » donnent au lecteur une idée de ce que le personnage entend et donc, de la perception qu’il en fait.

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