Formes poétiques

Les différentes formes de poésie :

Les formes fixes 

Sonnet :

Forme poétique composée de deux quatrains et de deux tercets.

Formes classiques :

Forme française : A B B A, A B B A, C C D, E E D
Forme italienne : A B B A, A B B A, C C D, E D E

Exemple 1 :

Mon rêve familier

« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon cœur transparent
Pour elle seule, hélas ! Cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues. »

 – Paul Verlaine

Exemple 2 :

Le vaisseau d’or

« Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l’or massif :
Ses mâts touchaient l’azur, sur des mers inconnues ;
La Cyprine d’amour, cheveux épars, chairs nues,
S’étalait à sa proue, au soleil excessif.

Mais il vint une nuit frapper le grand écueil
Dans l’Océan trompeur où chantait la Sirène,
Et le naufrage horrible inclina sa carène
Aux profondeurs du Gouffre, immuable cercueil.

Ce fut un Vaisseau d’Or, dont les flancs diaphanes
Révélaient des trésors que les marins profanes,
Dégoût, Haine et Névrose, entre eux ont disputés.

Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?
Qu’est devenu mon cœur, navire déserté ?
Hélas ! Il a sombré dans l’abîme du Rêve ! »

– Émile Nelligan

Triolet :

Forme poétique habituellement composée de deux quatrains.

Forme classique : ABAA, ABAB

Contrainte :

  • Le premier, le quatrième ainsi que le septième vers ainsi que le deuxième et le huitième vers sont identiques.

Exemple : 

« Si j’étais le Zéphyr ailé,
J’irais mourir sur votre bouche.
Ces voiles, j’en aurais la clé
Si j’étais le Zéphyr ailé.
Près des seins pour qui je brûlai
Je me glisserais dans la couche.
Si j’étais le Zéphyr ailé,
J’irais mourir sur votre bouche. »

Théodore de Banville

Acrostiche :

Forme poétique basée sur une figure de style à travers laquelle les premières lettres ou les premiers mots de chaque vers, lorsqu’ils sont lus verticalement et de haut en bas, constituent un mot ou une expression reliée au contenu du poème.

Exemple 1 :

Voici un célèbre acrostiche d’Albert Musset envoyé à George Sand :

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu’un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d’un cœur
Que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n’ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

La réponse de George Sand fut la suivante :

Cette insigne faveur que votre cœur réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.

Ou

Cette insigne faveur que votre cœur réclame
Nuit peut être à l’honneur mais répond à ma flamme.

Exemple 2 :

Maria

« Mon aimée adorée avant que je m’en aille
Avant que notre amour triste défaille
Râle et meure ô m’amie une fois
Il faut nous promener tous les deux seuls dans les bois
Alors je m’en irai plus heureux que les rois. »

– Apollinaire

Haïkus :

Forme poétique calligraphique, d’origine japonaise, dont la composition est d’une brièveté caractéristique.

Contraintes d’un haïku classique :

  • Le thème d’un haïku doit généralement s’apparenter à une saison de manière explicite ou implicite.
  • Le haïku doit capturer l’essence d’un moment qui, selon le lecteur, peut sembler anodin.

Exemple 1 :

« Sous la pluie d’été
Raccourcissent
Les pattes du héron. »

– Bashõ Matsuo

De manière explicite, Bashõ Matsuo, évoque l’été.

Exemple 2 :

« Quand souffle le vent du nord
Les feuilles mortes
Fraternisent au sud. »

– Buson Yosa

De manière implicite, Buson Yosa exprime le passage de l’automne à l’hiver.